Portrait : Bhuti Ama, quand la dévotion d’une mère tisse la nature immuable de l’Existence.





« La maison n’est pas un lieu sur une carte. C’est le seul endroit au monde où l’on peut retirer son armure. Où le métal lourd du masque cède la place à la chaleur des mains de ceux qu’on aime.
Au-delà de ce cercle règnent le froid, les tempêtes et une lutte sans fin. Mais ici…ici, nul besoin de cacher son visage. La maison, ce n’est pas d’où l’on vient.
C’est ce pour quoi l’on est prêt à tout sacrifier. »


J’ouvre les yeux pour la première fois sur Katmandou, capitale du Népal, aux pieds du toit du monde. Enfin, je suis arrivée à la maison.
Depuis combien de temps ai-je partagé mon souhait d’être, de voir, de ressentir et de comprendre cette terre ? Le Népal est pour moi un vortex vibratoire, un lieu de vie, de mort et de renaissance.

Il est tôt, parce que j’ai décidé d’accompagner Bhuti Ama pour faire la Kora, c’est-à-dire marcher avec foi et conscience autour de Bouddhanath, l’un des plus grands stupas du monde. On se met en chemin alors que la nuit est bientôt achevée et que le soleil va bientôt se réveiller. Je commence à marcher, mais Ama va super vite ! Elle prie et roule les perles de son mala autour de ses doigts, dès que nous avons passé la porte de la maison.



Je crois que je serai à chaque fois émerveillée par l’intensité et la puissance de ce lieu. On dirait qu’on marche à travers les ruelles d’un petit village avec ses fidèles que, pour certains d’entre eux, je vais croiser presque tous les jours.

Je fais vœu pour l’amour, la paix et la liberté de tous les êtres.

Avec d’autres pèlerins, qui parfois viennent de très loin, nous commençons à tourner autour du stupa. Je suis emportée par le mouvement … purifier l’esprit … « Om Mani Padme Hum », tandis que je fais tourner les moulins à prières de ce lieu merveilleux, inlassablement.


J’essaie de garder le rythme d’Ama, qui prie sans relâche en égrenant son mala. Je perds la notion du temps mais, après de nombreuses rondes, nous quittons le mouvement de la foule. Bhuti m’emmène prendre le petit-déjeuner dans une ruelle étroite, avec principalement des femmes assises aux tables d’un café traditionnel. Nous buvons du thé au lait épicé en mangeant des chapatis.



Puis vient le moment de rentrer à la maison, où Ama prépare le déjeuner pendant que je me repose.
Je prends le temps de méditer et d'être simplement avec elle.



Dans l'après-midi, une de ses amies vient l'aider à démêler la laine, dehors dans le jardin.
Bhuti Ama revient pour installer son métier à tisser dans le salon. Elle utilise un manche en bois qu’elle coince dans l’ouverture de la porte pour tendre la laine. Elle attache autour de sa taille une ceinture reliée par deux bandes élastiques. Enfin, elle enroule ces dernières aux extrémités de ses baguettes, qui servent à tendre de l’autre côté et à embobiner son ouvrage.

C’est assez incroyable de la regarder créer de ses propres mains, tisser la laine au cœur de son foyer. Alors que je la regarde entrelacer avec admiration chaque fil de chaîne et de trame, nous commençons à réciter ensemble les mantras sacrés enseignés par son frère. Drupon Lama Dorje est un grand maître, un lama du bouddhisme tibétain renommé à travers le monde.

Si je suis ici au Népal aujourd'hui, c'est grâce à ces échos sacrés qui ont résonné avec quelque chose de lointain et de précieux au plus profond de moi.


Ainsi, à même le sol, assise sur un petit coussin, jambes tendues, elle tisse la laine qui appartenait autrefois à ces montagnes.


Chaque fil qui passe est un pas de plus dans ce long pèlerinage qu’est la vie.
Chaque croisement est un fragment de l'histoire qui nous façonne, nous rendant uniques dans nos similitudes, nous unissant par le cœur et nous permettant de lâcher prise un peu plus loin, un peu plus longtemps.

Et pourtant, si l'on y regarde de plus près, la laine n'est que de la laine et elle appartient à la terre. Nous retournerons nous aussi, à la simplicité de la terre, une fois que quelques expériences auront transformé en douceur ou parfois avec violence, notre regard sur l’existence.
Il y a parfois des jours comme celui-ci, où le poids de l’instant présent semble plus lourd que d’habitude.


Hommage à Bhuti et à tout ce qui me permet d’évoluer, de comprendre, d’aimer et de grandir.


« Sur le chemin, on n’apprend pas à aimer, on apprend à enlever tout ce qui nous empêche d’aimer.
Parce qu’aimer est l’expression de notre nature profonde, le goût même de la présence à soi. » — Robert Eymeri











Contact :
Fondation Lama Dorje
https://www.lamadorje.net/
Dewachen World Peace Sanctuary, Costa Rica.